Plus de 2 millions de salariés sont exposés à des cancérogènes

LE MONDE | 14.07.05 | 12h50  .  Mis à jour le 14.07.05 | 12h51

N 2003, en France, 2 370 000 salariés étaient exposés à des produits cancérogènes. Ces résultats, publiés dans le numéro de juillet de Premières synthèses , édité par la direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares, ministère de l'emploi), proviennent de l'exploitation de l'enquête Sumer 2003.

 

Dans cette étude, 1 800 médecins enquêteurs ont recherché l'exposition possible d'une population de 50 000 salariés à 83 produits chimiques. Parmi les salariés de l'enquête, 13,5 % sont exposés à un ou plusieurs produits cancérogènes, un chiffre qui a augmenté d'un point au cours des dix dernières années.

70 % des salariés concernés sont des ouvriers, le plus souvent qualifiés. Les "professions intermédiaires de l'industrie et ! du secteur de la santé" représentent ensemble 20 % des personnes exposées. Les secteurs du commerce et de la réparation automobile, de la métallurgie et de la transformation des métaux, les industries du bois et du papier, l'industrie des produits minéraux et, enfin, la construction ont pour trait commun de confronter au moins 35 % de leurs salariés aux cancérogènes.

Les salariés ayant des fonctions de type installation, entretien, réglage et réparation sont une fois et demie plus exposés que ceux assurant la production et quatre fois plus que ceux effectuant de la manutention. Les jeunes apprentis ou en contrat de formation sont plus en contact avec des cancérogènes que les salariés sous contrat à durée déterminée ou indéterminée, ou que les intérimaires.

Les hommes sont quatre fois plus exposés aux cancérogènes que les femmes salariées, y compris dans les secteurs fortement féminisés (éducation, santé...).

En tête des produits cancérogènes figurent l! es "gaz d'échappement diesel" (727 000 salariés exposés! ), qui présentent un risque de cancer bronchopulmonaire. Viennent ensuite les huiles entières minérales, utilisées à très haute température dans les opérations d'usinage et de traitement des métaux (669 000 salariés), qui exposent à des cancers primitifs de la peau. Suivent les poussières de bois (379 000 salariés concernés), responsables de cancers du nez et des sinus, et la silice cristalline (269 000 salariés), à l'origine de cancers bronchopulmonaires.

Dans près de la moitié des cas, les expositions sont ponctuelles. Mais une fois sur quatre, elles ont dépassé dix heures dans la semaine précédant l'enquête. L'exposition a été jugée forte ou très forte (au-delà de la valeur admise) dans 15 % des cas.

Enfin, malgré une amélioration des protections collectives, il n'y en a toujours aucune pour 39 % des expositions. "Dans l'ensemble, concluent les responsables de l'étude, plus du quart de la population exposée à des produits cancérogènes l'est de façon imp! ortante, soit du fait d'un long temps d'exposition, soit du fait de l'insuffisance des protections collectives."

Paul Benkimoun